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Inside the world of the Jon Spencer Blues Explosion (mixtape)
Les journalistes paresseux ont la fâcheuse habitude de comparer le Jon Spencer Blues Explosion à des groupes indés tels les Black Keys, les White Stripes ou encore les Yeah Yeah Yeahs. Mais l’auditeur attentif ne tardera pas à remarquer qu’ils n’ont en commun que l’absence d’une basse et la brutalité du son.
Depuis 1991 et leur premières sessions studio avec Steve Albini, les new-yorkais du Blues Explosion ont toujours privilégié l’expérimentation : en constante évolution, leur son est sous influence d’artistes qui couvrent presque toute l’histoire de la musique enregistrée. Ces premiers enregistrements (quasi primitifs), sobrement intitulés « Year One » contiennent tous les éléments de base du rock’n’roll, déjà corrompus par la signature JSBX : un son étrange, brutal, radical et sexuel qui n’est pas sans rappeler Elvis, Jerry Lee Lewis, Little Richard, The Cramps et The Stooges.
Leur son prend également racine dans le rockabilly ; mais un rockabilly malmené par la frénésie du punk Do-It-Yourself. Preuve en est leur « Jukebox Series », une compilation de singles inspirée par celle de Charlie Feathers : on peine à reconnaître les versions originales sur Latch On (des Cochran Brothers), Get With It (de Charlie Feathers) ou Son Of Sam (de Chain Gang). Sans parler de la violence de Shirt Jac ou Down Low, compositions originales du groupe.Des influences assez évidentes, au contraire de l’héritage hip-hop, plus difficile à déceler pour les novices du Blues Explosion : on croise Public Enemy (Chuck D est invité sur Hot Gossip), Run DMC (à qui le groupe rend hommage dans le clip de Flavor) ou encore ODB (son camarade GZA du Wu-Tang Clan a remixé Greyhound sur l’EP « Experimental Remixes »).
Le groupe a toujours été fasciné par le funk, la soul et le R&B de Rufus Thomas (le chanteur de la Stax prend le micro pour l’album « Now I Got Worry » sur Chicken Dog), Andre Williams (qui a enregistré Lap Dance et la chanson-titre de son album solo « The Black Godfather » avec le Blues Explosion), Otis Redding, Ike & Tina Turner (Cristina Martinez et Jon Spencer ont repris I Idolize You avec leur groupe Boss Hog), ou le Godfather of Soul himself, James Brown, dont les performances scéniques ont servi de modèle au groupe !
Et pourtant, le blues inamovible dans le nom du groupe rappelle à qui veut l’entendre que celui-ci ça fait partie de leur ADN. En témoignent leurs reprises d’Hound Dog Taylor, Junior Kimbrough, Leadbelly, Skip James et leurs enregistrements avec R.L. Burnside (A Ass Pocket of Whiskey / Mr Wizard) et Dr John.
Quant au goût du Blues Explosion pour les compositions déstructurées, il faut aller en chercher l’origine dans la no-wave de James Chance and The Contortions (Chance joue sur Fed Up and Low Down, produit par DJ Shadow), le post-punk de Devo, le proto-punk de Suicide ou le hardcore de Black Flag. Les guitares de Judah Bauer et Jon Spencer ne sont pas très éloignés du jeu primitif et instinctif de John Lee Hooker, Gun Club ou Link Wray. La rythmique de Russell Simins mélange allègrement hip-hop, punk, country syncopée, punk et rock’n’roll. Sans oublier la place consacrée au Theremin, qui contribue grandement à rendre unique le son du groupe.
La mixtape qui suit s’efforce d’explorer quelques-uns des artistes qui ont aidé Jon Spencer, Judah Bauer et Russell Simins à forger le son, l’esprit et l’âme du Blues Explosion. En espérant que d’une façon ou d’une autre, on comprendra mieux ce qui se trouve au coeur d’un des groupes les plus sous-estimés de toute l’histoire de la musique. Evidemment, pas une seule chanson du Blues Explosion n’y figure, alors vous savez ce qu’il vous reste à faire. Ah, j’oubliais : on entend Jon Spencer quelque part sur cette mixtape : tendez l’oreille.
Texte par Olivier Rigout (Alter-K.com)
Traduction: Kino NSTS (fuckartletsact.blogspot.com)
Merci à Adam Fayers (pop-catastrophe.co.uk) pour ses précieux conseils.Article pour Gonzai.com (en intégralité ici)
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